Le Prix Maintenon

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La première faute, Madeleine Meteyer

« C’est promis. Pour toujours. » La relation de Valentine et François a vocation à être immortelle, parfaite, idéale et pourtant… Pourtant, la pratique a du mal à rattraper la théorie.

Ce récit en trois parties narre la rencontre, puis la relation de Valentine et François et enfin, la famille qu’ils forment avec leurs trois enfants, jusqu’à l’envol de ceux-ci. Valentine et François, ce sont les deux contraires, à la fois en termes d’idées (elle est de droite, il est de gauche) mais aussi au niveau du caractère (elle, la grande passionnée aux envolées lyriques, lui, le flegmatique aux lourds silences). Le roman, sur un ton moderne et simple, semble répondre aux questions suivantes : les contraires s’attirent mais peuvent-ils coexister sur le long terme ? Quels compromis cache une relation durable ?

Madeleine Meteyer dissèque le couple de ses personnages principaux pour en souligner les fêlures et on assiste à cette autopsie avec un œil à la fois attentif et circonspect, parce qu’en réalité, comment deux êtres que tout oppose peuvent-ils réellement choisir de former un couple, puis bâtir un mariage et une famille ? On lit la première partie les dents serrées, à cran, tant les deux protagonistes sont antipathiques, traquant derrière l’alternance savante de phrases courtes et de longues propositions, derrière l’implacabilité des mots, cette fameuse « première faute » fatidique, celle qui déclenche tout ce maelstrom.

Valentine est cette mégère égocentrique qu’on a tous déjà rencontrée. Elle n’existe que dans et pour le regard des autres, elle se met sans cesse en scène quitte à provoquer, mentir, manipuler. Instable et toxique, elle traîne une faiblesse psychologique qu’au lieu de faire soigner, elle préfère faire subir à son entourage, tout en se faisant toujours passer pour la victime sainte, parfaite, idéale.

François, c’est le gentil lâche. Surtout pas de conflit, il jette l’éponge assez facilement et finit toujours par céder devant sa compagne, matriarche ogresse en puissance, qui le rabaisse sans cesse, rejette toujours la faute sur lui et le coupe de ses enfants, mais la mollesse de son caractère l’empêche de se défendre, de reconquérir sa place dans la cellule familiale, à part quelques rares coups d’éclats.

On les voit donc l’un et l’autre aller de compromis en conflit, rogner leurs valeurs puisque dans l’émulsion qu’ils forment toutes leurs idées ne peuvent subsister. Le lecteur sent la rage et le désespoir monter au fil des pages, mais quand vont-ils donc se séparer, arrêter de se faire autant de mal ? Les écueils de leur relation ? On en découvre à chaque page ! Puisque l’on suit les points de vue, de l’un puis de l’autre, en fonction des chapitres, on sait comment ils sont réellement au plus profond d’eux, à quoi ressemblent leurs pensées, leurs âmes, et cela, loin de nous apporter de la nuance, nous dégoûte toujours plus.

La lecture des deuxième et troisième parties nous permet de suivre avec intérêt le parcours des trois enfants, fruits de cette union inattendue, ayant hérité des gènes de l’un et de l’autre, ayant assisté à la vie quotidienne de renoncements et frustrations du couple parental, ayant subi la pression d’être des enfants parfaits. Tous trois se retrouvent sur le chemin de traverse, entre deux mondes radicalement opposés, sans trop savoir auquel ils appartiennent ni quel chemin suivre. Ces parties, quoique parfois difficiles à lire compte-tenu des événements qu’elles décrivent, offrent malgré tout un changement de perspective bienvenu : les conséquences de leur éducation, la route qu’ils se tracent avec le patrimoine qu’ils ont reçu et la recherche de sens. Les explications viennent tardivement, nous permettant de comprendre certaines choses, mais non de les excuser car un contexte donné ne fait pas un déterminisme social.

 Dans un texte efficace où chaque mot sonne juste, Madeleine Meteyer propose une analyse psychologique assez riche et réaliste de ses personnages principaux et, ayant situé la rencontre du couple aux alentours des années 2013/2014, nous offre sa vision de notre monde dans quelques années. Ses points de vue sur le journalisme, son milieu naturel, apportent aussi une lecture intéressante de ce premier roman.

Ainsi, cet écrit, au thème attrayant tout évoqué dans le titre particulièrement accrocheur, présente un style agréable et fluide, des personnages qu’on découvre et suit – d’abord avec regret, puis avec un intérêt grandissant quand le point de vue change, – on se retrouve alors à tourner les pages fébrilement pour savoir comment tout va finir, quelles leçons vont tirer les enfants et chercher avec eux où donc se cache la « première faute ».

Juliette Montigny

Madeleine Meteyer, La première faute, Editions Lattes, 2021, 336 pages

 


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