Le Prix Maintenon

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Monsieur le maire, Pascal Grégoire

Monsieur le maire de Pascal Grégoire suit Paul Morand, maire de Lomieu, au cours de son trajet du tribunal à sa cellule. Condamné pour le meurtre d’un journaliste local, Paul se remémore ses mandats auxquels il s’est consacré corps et âme et qui s’achèvent par l’infamie. Deux chemins parcourus s’entrecroisent : la route vers la prison et la vie du personnage principal. Le roman se construit autour d’une alternance entre les fragments de ces deux voyages. La chronologie des mandats de Paul s’efface pour laisser place à une reconstitution tragique dans laquelle la fatalité du meurtre se dessine. Monsieur le maire nous plonge au cœur du quotidien d’une commune rurale marquée par la pauvreté, les frustrations, les tensions politiques et l’ennui. C’est le roman d’un échec personnel, celui de Paul, dont les efforts n’auront pas été suffisants pour tirer le village de son marasme et qui voit sa vie personnelle s’effondrer en même temps que son action politique. A travers l’échec de cet élu, c’est celui de la République qui transparaît.

Monsieur le maire est porté par un sujet original qui met en valeur une partie de la société française peu représentée. Pour autant, le roman n’arrive pas à exploiter toute la puissance de son sujet et reste dans l’actualité au lieu de traiter de l’Histoire.

Lire Monsieur le maire est d’une grande facilité. Le récit est court et condensé. L’enchaînement des péripéties est fluide, rythmé et bien pensé. La structure est également intelligente puisque le roman trompe le lecteur en débutant par ce qui apparaît tout d’abord comme le dénouement. Berné, le lecteur remonte alors le temps avec Paul, retrace sa vie et se forge une opinion sur les circonstances mystérieuses de la mort du journaliste Jacques Gentil. La fin du roman constitue un véritable retournement de situation qui ajoute encore au tragique de l’histoire. Loin de l’image champêtre que pourrait évoquer une commune rurale, Monsieur le maire nous entraîne dans un univers sombre dans lequel se mêlent la bassesse et le drame. De la polémique au conseil municipal jusqu’à l’arrivée de migrants syriens dans le village toutes les nuances de la misère humaine se déclinent. Paul qui croyait pouvoir sauver Lomieu de sa situation, qui pensait pouvoir lui apporter tout son savoir s’engouffre lentement dans ce marasme. Le parallèle établi entre sa vie personnelle et son engagement politique est révélateur, lourd de sens, dressant un constat pessimiste sur la possibilité de changer la société par l’action politique.

Monsieur le maire est le témoignage d’une époque, retraçant en son sein les aspérités de la société française et ses fractures. Le roman cherche à concentrer dans l’histoire de ce village la plupart des défis rencontrés par la France au XXIème siècle : les crises économiques et migratoires, le rapport conflictuel au passé, la délinquance et la popularité des extrêmes. Lomieu est, paradoxalement, le miroir de la France, alors même que c’est un territoire délaissé sur lequel aucune caméra ne se braque. La supposée périphérie est en fait le centre. La grande force de Monsieur le maire est de replacer l’objectif sur ces endroits qui ne sont presque plus des sujets littéraires et médiatiques. Il amène à s’interroger sur le sort des délaissés, non seulement français mais aussi étrangers, et sur les conséquences du désespoir.

Cependant, ces réflexions peuvent nous amener à nous demander quel rôle remplit exactement ce livre ? Poursuit-il un objectif littéraire ou bien politique ? Monsieur le maire est indéniablement un roman engagé, peut-être même un cri d’alerte. Cette ambivalence se ressent notamment dans son rapport à l’actualité. Le récit n’arrive pas à s’extraire de son sujet pour prendre une certaine distance. Certains dialogues, certaines réflexions ressemblent à une analyse politique qui pourrait être entendue lors d’une émission de télévision ou de radio généraliste. Monsieur le maire propose une vision de l’actualité de ces dernières années romancée sans pour autant arriver à dépasser un niveau journalistique. Le roman n’entre pas dans l’Histoire. Il relate des évènements plausibles mais ne livre jamais les raisons de ces échecs, de ces désespoirs. Le drame intime reste intime et ne se transcende pas.

Le style est parfois révélateur de cette ambivalence entre l’enquête et le roman. Des associations très étranges se forment parfois au détour des pages. Des expressions grossières, censées rendre le langage populaire et authentique, côtoient des tournures plus recherchées. Le vocabulaire des personnages donne parfois une impression de désuétude. Certains mots semblent tout droit sortis des années 80, laissant le lecteur de 2020 un peu perplexe.

Est-ce que Monsieur le maire est un roman utile ? Certainement. Laisser ces personnages et ces paysages dans l’ombre est sans aucun doute une faute qui a été trop commise. Pascal Grégoire tente de la réparer avec empathie et, peut-être, avec un sentiment de révolte. Est-ce que Monsieur le maire est un grand roman ? Sans doute pas. Cependant s’il amène quelques lecteurs à s’interroger sur les représentations de la société française et sur des détresses ignorées, il aura pleinement rempli son rôle.

Gaëlle Gil

Pascal Grégoire, Monsieur le maire, Editions Le cherche midi, 2020, 176 pages

 


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