Le Prix Maintenon

Menu
Menu
Logo Prix Maintenon

Le Prix Maintenon

Les Déviantes, Capucine Delattre

L’écriture incarnée de Capucine Delattre détaille les destins saisissants de trois jeunes femmes, dans une société dont nous ne reconnaissons que trop bien les tourments que sont la peur, la solitude, le désespoir.

Les Déviantes raconte l’odyssée de trois jeunes femmes dont les destins se rencontrent et s’entremêlent, dans un récit à la fois dramatique et porteur d’espoir. La première de ces femmes, Anastasia, est atteinte d’un cancer qui la consume en silence. Meurtrie au plus profond de sa chair son désir de vie demeure immobile alors même qu’elle s’éloigne progressivement du monde des vivants. La seconde jeune femme, Iris, est une amie d’Anastasia. Elle cache tant bien que mal sa lassitude amoureuse derrière un état dépressif. Lolita est la plus jeune des trois et la sœur d’Anastasia. Elle traverse une période de doutes quant à son avenir académique et professionnel.

Le poids des existence déchirées par la maladie, le mal-être ou le doute se font durablement sentir dans ce roman qui ouvre – à terme – une fenêtre d’espoir. Tout au long du récit le lecteur guette les indices de l’illumination prochaine des trois destins féminins.

Plusieurs remarques peuvent être établies à la lecture de ce roman. Tout d’abord l’apparente superficialité du style qui rend le récit moins vivant qu’attendu. Cette dimension se double d’une absence d’épaisseur dans la description des trois personnages principaux, qui participe malheureusement à stéréotyper leurs caractères. Ensuite la lecture, en filigrane, d’une peinture des errances humaines est enforcée par une critique de la société contemporaine qui exerce sa pression sur le destin des trois femmes.

Commençons par le style du roman. Les phrases sont courtes, ne comptant parfois que deux ou trois mots. Le vocabulaire est moderne et transparent, notamment dans les dialogues et lorsque l’on entre dans l’intériorité des personnages. Enfin, considérant la forme, le retour à la ligne est très exploité, rendant le récit à la fois léger et dynamique.

L’auteur ne va pas au-delà d’une description stéréotypée des personnages, alors qu’elle a la volonté de dévoiler l’intériorité physique et mentale de ses personnages. De même, le portrait de Jeanne, l’aïeule d’Anastasia et de Lolita, est rapide et le dénouement mécaniquement réglé. Pourtant, le titre est évocateur et le lecteur attend de la part des jeunes femmes un choix radical. L’auteur évoque une jeunesse qui refuse de se laisser abîmer, une « vocation en marche » mais ne s’attarde pas sur la nouvelle vie des protagonistes. Le lecteur reste sur sa faim devant le manque de description des trois choix, des trois « déviances ».

Malgré tout on se console avec un récit qui dépeint trois vies dans leur individualité, rongées par des maux symptomatiques d’une société contemporaine : la solitude des malades, la dépression, l’inquiétude affective, le doute. A travers l’ironie et le cynisme qui émaillent le récit, on décèle une critique de la pression qu’exerce cette société sur les individus, que ce soit dans le domaine professionnel, familial ou affectif.

Ce roman demeure fidèle à la Collection Pointillés des éditions Belfond, qui a pour but de mettre en avant des récits singuliers « faisant la place belle au rêve et aux tentatives ». Notre société considère si mal la déviance qu’il est bon de rappeler qu’il s’agit avant tout de la recherche d’une vie différente, sans doute plus lumineuse.

Antoine Premier-Rivera

Capucine Delattre, Les Déviantes, Editions Belfond, Collection Pointillés, 2020, 272 pages

 


Retour à la liste