Le Prix Maintenon

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L’or du chemin, Pauline de Préval

Après des ouvrages à référence religieuse dans lesquels Pauline de Préval racontait la vie d’une héroïne mystique ou encore l’expérience des cisterciens du XIIe siècle, c’est désormais par le voyage initiatique d’un peintre qu’elle veut nous conduire aux cieux. Le titre, L’or du chemin, est un écho à la frénétique recherche de la lumière dans les fresques murales que peint Giovanni, le héros du roman, tout en étant une métaphore de sa vie, semée d’embûches et de merveilles. Par une habile narration, l’auteur commence et termine son ouvrage comme une lettre écrite par le peintre à un destinataire qui reste inconnu jusqu’aux dernières pages. Cependant, cette caractéristique épistolaire, qui lie astucieusement lecteur et personnages, se perd peu à peu au fil du texte, et il est difficile de garder continuellement à l’esprit cette modalité narrative.

Le début de l’ouvrage, très prometteur, éveille l’intérêt du lecteur en amorçant plusieurs perspectives : l’auteur va-t-il nous transporter dans un monde d’artistes où tout ne sera que couleurs, sensations, matières et techniques ? Allons-nous suivre ce jeune homme dans une vie qui nous renseignera sur la Toscane du XVe siècle, comme l’assurent les allusions à la situation politique de cette région ? L’auteur nous fait effleurer ces deux aspects, l’artiste et l’homme, mais sans pour autant leur donner de réelle profondeur.

De la vie de l’homme, Pauline de Préval nous présente un scénario caricatural et manichéen : un artiste incompris et impulsif, une gentille amoureuse, un père méchant qui s’oppose à leur amour, la fougue d’un jeune que rien n’arrête, la déception, la dépression et la fuite, puis le retour en gloire. La vie de l’artiste, l’auteur s’attache à la manifester par une restitution d’expériences esthétiques. Nos cinq sens sont touchés par les nombreuses descriptions tant des couleurs que des odeurs ou des matières. Pauline de Préval témoigne d’une connaissance certaine des techniques de la fresque, de ses composants et la vulgarise à merveille.

Cependant, l’équilibre entre la vie de l’artiste et la vie de l‘homme n’est pas suffisamment tenu pour être convaincant. Probablement parce qu’elle a voulu trop bien faire, Pauline de Préval n’est pas parvenue à rendre vivant le personnage qu’elle a créé. En voulant traiter trop d’éléments, elle n’a pas réussi à donner à Giovanni la profondeur humaine qui aurait pu lui donner tout son éclat, et son humanité. L’auteur peine à transcrire par sa plume l’énergie artistique de son protagoniste. Les couleurs sont vives, le sujet intéressant, mais le résultat d’ensemble ne parvient pas à atteindre son objectif. En effet, la fibre artistique qu’elle tisse au début du roman est par la suite violemment abîmée par son style – trop journalistique pour un roman, trop grossier pour un propos d’artiste, trop maladroit pour un quatrième livre. Ces trois types d’excès donnent un avant-goût des questions rhétoriques inutiles et des expressions qui résonnent comme autant de fausses notes et qui laissent croire que l’auteur oublie quelquefois lui-même le thème florentin du XVe siècle. Ce style maladroit rend par contraste plus nette la beauté de certains paragraphes qui sortent véritablement du lot. On se prend alors à regretter que tout ne soit pas de ce niveau.

Une imbrication, presque cinématographique, de différents événements rappelle que Pauline de Préval a également réalisé plusieurs films. Au début de la lettre où Giovanni commence son voyage initiatique, elle nous plonge immédiatement, au moyen d’une analepse, dans la douloureuse et violente enfance de l’artiste. À la fin de l’ouvrage, le lecteur s’aperçoit que la lettre qu’il lisait était adressée au fils du peintre, dont celui-ci ignorait jusqu’alors l’existence. Cet effet reflète bien la quête intérieure du protagoniste qui recherche la lumière dans ses fresques mais aussi dans sa propre vie – une quête spirituelle, pour ainsi dire, qui obsède autant son pinceau que son âme. Pourtant là encore, l’équilibre entre roman et fiction épistolaire n’est pas parfaitement maîtrisé, en raison d’un manque de clarté. Nous pouvons prendre ici pour exemple la discussion que rapporte le protagoniste avec le destinataire, alors que celui-ci, puisque la lettre lui est adressée, n’a pas besoin de ce discours rapporté. C’est de cette façon que Pauline de Préval nous inclut dans la correspondance du protagoniste, dimension le plus souvent occultée au profit du simple récit.

Enfin, la carte du « fils inconnu » retournée à la fin de la partie, n’a pas l’effet escompté. Au lieu de provoquer un retournement majeur tant dans la vie de l’artiste que dans celle de l’homme, elle ne semble pas bouleverser plus que cela notre peintre qui ne donne que peu d’indications sur son ressenti.

L’or du chemin est donc un roman agréable à lire, à l’intrigue claire, aux idées ingénieuses et qui témoigne d’une bonne connaissance artistique et picturale. Malheureusement, les fruits n’accomplissent pas la promesse de ces fleurs, et l’ouvrage en est rendu décevant. Bref, si le chemin de Giovanni est d’or, ce roman n’est peut-être, lui, que d’argent.

Thésanne de La Vouivre

Pauline de Préval, L’or du chemin, Albin Michel, 2019, 144 pages


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