Le Prix Maintenon

Menu
Menu
Logo Prix Maintenon

Le Prix Maintenon

Psaumes de la foi vive, Gérard Bocholier

Psaumes de la foi vive est le dernier volet d’un triptyque poétique de Gérard Bocholier consacré aux trois vertus théologales, avec Psaumes du bel amour (2010, préfacé par Jean-Pierre Lemaire) et Psaumes de l’espérance (2012). Le poème que nous avons choisi témoigne d’une méditation continue du Dieu caché dans la nature, mais aussi d’un dialogue avec lui, qui rend compte d’une « foi vive ».

Les récits de vocation sont nombreux dans la Bible, que l’on songe à Moïse devant le buisson ardent ou à Samuel réveillé en pleine nuit. Ici l’appel fait au poète est différent, car il s’écrit au futur : « si tu m’appelles […], je répondrai ». En fait, l’absence de précision concernant les deux interlocuteurs pourrait aussi laisser supposer que c’est Dieu qui est présent et qui parle, à l’écoute de celui qui l’appelle. Les deux hypothèses sont lisibles dans le poème, avec des conséquences différentes : dans le premier cas, le locuteur, peut-être assimilé avec le poète, attend l’appel de Dieu, qu’il soit vocation ou rappel à Lui, cette deuxième lecture pouvant être privilégiée par la mention du « soir » », métaphore fréquente du « soir de la vie » : « Maintenant, Seigneur, tu peux laisser ton serviteur s’en aller ». Dans le second cas, on peut comprendre que Dieu appelle le poète ou le lecteur, prêt à lui accorder sa grâce et son secours : « Frappez, et l’on vous ouvrira ».

Dans l’une et l’autre hypothèse, la nature joue le rôle d’intermédiaire entre Dieu et l’homme, ce qui est particulièrement visible dans la première strophe : le premier vers répond au quatrième, avec, au centre, l’interruption qui décrit les troupeaux au loin. Ces deux vers descriptifs fonctionnent comme l’arrière-plan du dialogue intérieur de l’âme avec Dieu, peut-être comme un horizon de la méditation ou comme une métaphore de la peine humaine. Les lents troupeaux qui s’avancent au loin évoquent l’horizontalité du monde païen qui peine avec lenteur et sans regard vers le ciel. La poussière qui les recouvre n’est pas ici le signe du deuil comme chez les ninivites, mais de la poussière qui retourne à la poussière, de l’humanité qui a oublié sa marque divine. Au contraire, le locuteur est tourné vers l’appel de Dieu.

La deuxième strophe entremêle également nature et grâce : vapeurs divines et fumées humaines se mêlent explicitement. Nous retrouvons là un trait caractéristique du recueil : la contemplation des paysages élève vers la méditation spirituelle, et même, « une porte / s’entrebâille », peut-être la porte céleste. Selon le titre d’un ouvrage de Gérard Bocholier, le poème est ici « exercice spirituel » : tout le poème, et plus généralement le recueil, s’attache à l’expression d’une « foi vive », où l’accès à l’invisible se fait par le recours au visible de la nature. La conclusion « Me voici » sonne comme la réponse à l’appel divin et comme la réaffirmation de la présence au monde du poète.

Ces deux quatrains nous entraînent au cœur de la poésie de Gérard Bocholier, qui nous fait percevoir avec beaucoup de délicatesse la présence du Dieu caché dans la nature, mais aussi la réponse de l’homme à l’appel divin, réponse faite de silence et de poésie.

Paule Yx

Un beau soir si tu m’appelles
Au loin les troupeaux qui rentrent
Sous leur chape de poussière
Je répondrai Me voici

Dans le couchant une porte
S’entrebâille les vapeurs
Du ciel mêlées aux fumées
Des vieux tertres Me voici

 

Gérard Bocholier, Psaumes de la foi vive, Ad Solem, Poésie, 2019, 136 pages


Retour à la liste